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Judoclic et Le Guide du Judo Jujitsu |
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La Philosophie du Judo
Discours de Jigoro KANO
Le Testament secret
Musashi
La phylosophie du Judo
Parti de l'étude des différentes pratiques martiales des samourais japonais , Maître Jigoro Kano a créé un art martial complet qu'il prénomma ''le judo''.
A l'origine, cette discipline se veut être une méthode de combat , complète et efficace.
Très vite, Jigoro Kano s'est détaché de ces aspects guerriers et élève le judo-jujitsu au rang de guide spirituel et moral.
La pratique de son activité devient un moyen de structurer sa personnalité, d'élaborer une philosophie particulière de la vie et d'acquérir les moyens de franchir les obstacles auxquels tout un chacun est confronté au cours de son existence.
Ses maximes directrices '' minimum d'effort et maximum d'efficacité'' ou encore ''entraide et prospérité mutuelle'' attestent bien du but recherché par un homme particulièrement sensible aux questions d'éducation.
N'oublions pas qu'il fut, entre autre, Secrétaire d'Etat à l'Education Nationale au Japon.
La voie de la souplesse permet donc d'acquérir des dispositions physiques et psychologiques à comprendre , à s'engager, à respecter , à se responsabiliser.
Il va sans dire que de telles qualités trouvent un écho au sein du cursus professionnel.
Fort de ce constat la Société ''PROMOUVOIR.COMM'' propose aux acteurs économiques , le judo comme moyen de gestion des ressources humaines.
Vous trouverez ci-après un document intitulé ''LA VOIE DE L'EXCELLENCE PAR LA PRATIQUE DU JUDO'', détaillant l'impact du judo en Entreprise.
C'est sur cette base que la Société propose des stages de management aux Entreprises .
Nous ne pouvons par ailleurs occulter le fait que le Judo-Jujitsu est un art de défense personnelle d'une redoutable efficacité. Il a le mérite exclusif de permettre d'annihiler sans blesser un éventuel agresseur.
C'est tout naturellement qu'il se doit d'être l'art martial des personnels de sécurité, sachant par ailleurs qu'il véhicule les valeurs assurant que l'agent le maîtrisant n'abusera pas de sa supériorité.
C'est pourquoi la société ''PROMOUVOIR.COMM'' propose aux Entreprise de Sécurité , des stages à destination de ses personnels exposés à des risques d'agression.
Si vous voulez avoir de plus amples informations sur l'activité du centre de formation ''PROMOUVOIR.COMM'' , veuillez nous contacter à l'adresse suivante :
PROMOUVOIR.COMM
e. mail : promouvoir.comm@wanadoo.fr
21, Rue de Saint-Saens
76680 SAINT-MARTIN OSMONVILLE
Tél : 0235947550 Fax : 0235940401
Par Dupuis Pascal , auteur du concept Judo et Management.
Nous allons démontrer en quoi la pratique du Judo permet de développer certaines compétences applicables et appréciables dans la vie professionnelle:
1°) CAPACITE A DECIDER
le
contexte d’opposition propre aux
combats de judo oblige les protagonistes à mettre en place une stratégie dans
le respect des règles en vue d’un objectif déterminé. A cette fin ,le
pratiquant se doit de prendre des décisions rapides
et efficaces . Il
développe , grâce à une activité motrice, des schémas de décision qui
seront opérants dans tout autre contexte et en particulier dans le monde
professionnel.
2°)
ESPRIT DE COLLABORATION : PARTENARIAT
a
- Pour progresser , il est indispensable de s’appuyer sur la collaboration
d’un partenaire. Tout apprentissage de la technique judo se fait avec un
protagoniste consentant qui par son attitude doit favoriser l’acquisition du
geste juste. Se mettre en déséquilibre avant pour permettre à son partenaire
d’appréhender une projection vers l’avant, attaquer en déséquilibre pour
faciliter l’acquisition de certaines techniques de contre .
L’esprit
de collaboration se développe donc à 2 niveaux :
Dans l’acquisition des compétences.
Dans la protection et la sécurisation
de son partenaire .
Enfin, notons qu’il faudra triompher de l’opposition sans blesser son adversaire.Cet aspect est intéressant car il prédispose l’adepte des arts martiaux à une forme d’esprit qui consiste à sortir victorieux des conflits tout en préservant et respectant l’interlocuteur.
4°)
PRISE DE RISQUES ET RESPONSABILISATION :
On assume le résultat
de nos actions dans une éthique donnée.
-
Le judoka est responsable de l’intégrité physique de son partenaire
dans les phases d’apprentissage technique , de son adversaire dans les phases
de combat ( en judo, il faut vaincre sans blesser ).
-
Le judoka est responsable de ses faits et gestes , de sa stratégie, de
ses décisions. Il assume donc aussi bien la défaite qu’il bénéficie de la
victoire . L’activité duelle est
intéressante puisqu’elle évite
toute dilution de responsabilité comme c’est souvent le cas dans les sports
collectifs.
Pourtant,
dans un combat, le risque d’une attaque sera toujours mesuré afin qu’au
pire, ce soit une attaque pour rien en évitant autant que possible qu ‘elle
permette la victoire définitive de l’adversaire .
5°)
GESTION DU STRESS ( Energie positive )
-
Ensuite, il craint, puisqu’il faut vaincre la résistance du
partenaire, de se blesser.
La pratique du combat est
Plus récemment, les théories de programmation neuro linguistique ont repris ce
principe qu’elles dénomment principe d’élégance.
Il
s’agit de rentabiliser au maximum son temps et son potentiel énergétique.
Cela sous entend par ailleurs d’être capable de s’adapter aux autres, aux
évènements, de capturer leur dynamique, leurs ressources et de les utiliser à
son avantage en les détournant habilement.
L’adepte du judo développe cette capacité , cette forme d’esprit dès
l’apprentissage des toutes premières techniques.
Un adversaire vous opposant 70 kg tombera de 70 kg sans que vous n’ayez fait
aucun effort . Si à sa poussée vous ajoutez une tirée représentant vos 70 kg
de poids de corps, l’attaquant chutera avec un impact de 140 kg.
Grâce
au support moteur représenté par l’activité judo, le pratiquant va prendre
conscience et intégrer cette façon de se comporter pour la reproduire ensuite
dans sa vie professionnelle et privée.
9°)
DEVELOPPER LA CONFIANCE EN SOI
CONCLUSION
Jigoro
Kano a su mettre au service de l’humanité un art martial aux propriétés éducatives
et au service de l’accomplissement de l’homme. A l’encontre des
impatiences , des urgences, des objectifs à court terme, la
pratique du judo apporte un véritable espoir de progrès individuel
et collectif .
Document déposé. Reproduction interdite. Dupuis Pascal
Discours prononcé à l'Université de Californie en 1932
Par le Professeur Jigoro Kano, Shihan
Professeur honoraire de l'Ecole Normale Supérieure
et membre de la Chambre des Pairs du Japon
Président du KODOKAN
(institution pour l'étude et la pratique du Judo).
Premier fondateur du Judo et du KODOKAN
Président honoraire
de l'Association Athlétique d'Amateurs du Japon
(fondateur et ancien président)
L'objet de cette conférence est de vous expliquer,
d'une manière générale, ce qu'est le Judo. A notre époque féodale, il y
avait une quantité d'exercices guerriers, tels que la lutte, le tir à l'arc,
l'usage des lances, etc. Parmi ces exercices, il y en avait un, appelé Ju-Jutsu.
C'était un exercice complexe qui comprenait principalement les moyens de
combattre sans armes, tout en se servant à l'occasion de poignards, de sabres
et autres armes. Les procédés d'attaque consistaient surtout à jeter, à
frapper, à suffoquer, à immobiliser l'adversaire au sol, à courber ou à
entrelacer les bras ou ses jambes de manière à provoquer une douleur ou une
fracture. On enseignait aussi l'usage du sabre et du poignard. Nous avions en même
temps de nombreuses manières de nous défendre contre des attaques de ce genre.
Cet exercice, dans sa forme primitive, existait dès notre époque mythologique,
mais son enseignement systématique en tant qu'art date d'il y a 350 ans, à peu
près.
Dans ma jeunesse, j'ai étudié cet art avec trois maîtres éminents de l'époque.
Le grand profit que j'ai tiré de cette étude m'a conduit à la décision de
m'adonner plus sérieusement à elle et c'est ainsi qu'en 1882, j'ai fondé
moi-même une école que j'ai appelé KODOKAN. "KODOKAN" signifie
"une école pour étudier la manière", le sens réel du mot manière
étant la conception de la vie. J'ai appelé le sujet que j'enseigne Judo au
lieu de Ju Jutsu. Je vous expliquerai d'abord la signification de ces mots,
"JU" signifie souple ou céder; "JU-TSU" est un art ou un
procédé technique; "DO" le moyen ou le principe, de sorte que le
Ju-Jutsu signifie un art ou une pratique de la souplesse, qui consiste à céder
d'abord afin d'avoir la victoire finale, Judo signifie le moyen ou le
principe de cette action.
Voyons maintenant ce que c'est que cette souplesse ou cet art de céder "JU".
Supposons que nous estimions la force d'un homme en unités. Admettons que la
force de l'homme qui est en face soit représentée par 10 unités, tandis que
ma force, moindre que la sienne, soit représentée par 7 unités. Dans ces
conditions, s'il me pousse de toute sa force, je serai certainement poussé en
arrière ou jeté au sol, même si je me sers de toute ma vigueur contre lui.
Cela arriverait parce que je me serais servi de toute ma force contre lui, alors
que si je cède à sa force en retirant mon corps juste avant qu'il ait poussé
et en prenant soin en même temps de garder mon équilibre, il sera forcé de se
pencher en avant et de perdre ainsi son équilibre.
Dans cette nouvelle position, il peut être devenu si faible (non pas en force
physique, mais à cause de sa position gênante) que sa force se trouve représentée
à ce moment, disons par 3 unités au lieu de 10 unités normales. Mais pendant
ce temps, moi-même, en gardant mon équilibre, j'ai conservé toute ma force
qui était primitivement représentée par 7 unités et me trouve donc momentanément
dans une position avantageuse et je peux triompher de mon adversaire en me
servant seulement de la moitié de mes forces, soit 3 unités et demie contre
ses 3 unités. Cela laisse à ma disposition la moitié de mes forces en cas de
besoin. Si j'avais une force supérieure à celle de mon adversaire, j'aurais pu
naturellement le repousser, même dans ce cas, c'est à dire, si j'avais voulu
le repousser et si j'avais eu le pouvoir de le faire, j'aurais dû tout de même
céder, d'abord parce qu'en procédant ainsi j'aurais grandement économisé
mon énergie.
Voici un exemple : supposons que nous nous promenions le long d'une route de
montagne, avec un précipice sur le côté et que cet homme ait subitement sauté
sur moi en essayant de me jeter dans le précipice. En pareil cas, je ne
pourrais pas éviter d'être jeté dans l'abîme si j'essaie de lui résister.
Mais au contraire, si je lui cède en faisant tourner mon corps et en tirant mon
adversaire vers le précipice, je peux facilement le jeter par-dessus bord et en
même temps poser mon corps au sol.
Je pourrais multiplier ces exemples à l'infini, mais je pense que ceux que j'ai
donnés seront suffisants pour vous permettre de comprendre comment je peux
battre un adversaire en cédant, et comme il y a dans le Ju-Jutsu un très grand
nombre de cas dans lesquels le principe est appliqué ; le nom de Ju-Jutsu
(c'est à dire l'art de la souplesse ou l'art de céder) est devenu le
nom de cet art tout entier.
Mais à parler rigoureusement, le véritable Ju-Jutsu est quelque chose de plus.
Les moyens de gagner la victoire sur un adversaire par le Ju-Jutsu ne consiste
pas uniquement à obtenir la victoire en cédant d'abord. Quelquefois nous
frappons, nous donnons des coups de pied, nous étranglons l'adversaire et ce
sont là des formes différentes d'action positive opposées à l'art de céder.
Quelquefois l'adversaire se saisit de mon poing. Comment puis-je me libérer
sans user de ma force contre la prise de mon adversaire ? On peut dire la même
chose lorsque quelqu'un me saisit par derrière. Si donc le procédé qui
consiste à céder ne peut pas expliquer toutes les méthodes dans le combat de
Ju-Jutsu, y a-t-il un principe s'applique réellement à tous les cas ? Oui, il
y en a un : c'est le principe de l'efficacité maximale dans l'usage de
l'esprit et du corps et le Ju-Jutsu n'est pas autre chose qu'une application
de ce principe tout à fait général à l'attaque et à la défense. Ce
principe peut-il s'appliquer dans d'autres champs de l'activité humaine ? Oui,
le même principe peut s'appliquer à l'amélioration du corps, servir à le
rendre fort, sain et utile, c'est ce qui constitue l'Education Physique. Il peut
aussi être appliqué au développement de la force intellectuelle et morale. Il
peut également être appliqué à l'amélioration du régime de nourriture, du
vêtement, de l'habitation, de la vie de société, de l'activité, d'affaires
et ce qui constitue l'étude et l'entraînement concernant la manière de vivre.
J'ai donné à ce principe d'une absolue généralité le nom de Judo.
Ainsi le Judo, au sens large est une étude, un procédé d'entraînement
applicable à l'esprit et au corps aussi bien en ce qui concerne la direction de
la vie et des affaires.
Le Judo sous un de ses aspects, peut être étudié et pratiqué avec l'attaque
et la défense pour objet. Avant que j'eus fondé le KODOKAN, cette application
du Judo à l'attaque et à la défense était seule étudiée et pratiquée au
Japon sous le nom de Ju-Jutsu. On l'appelait quelquefois Taï-jutsu, ce qui
signifie l'art de dirigé le corps ou Yawara, la direction souple. Mais j'acquis
la conviction que l'étude du principe, dans toute sa généralité, est plus
importante que la simple pratique du Ju-Jutsu, parce que la réelle intelligence
de ce principe ne nous permet pas seulement de l'appliquer à tous les aspects
de la vie, mais nous rend encore de grands services dans l'étude de l'art du Ju-Jutsu
lui-même.
Ce n'est pas seulement par le procédé que j'ai suivi que l'on peut réussir à
saisir ce principe. On peut arriver à la même conclusion par une interprétation
philosophique des opérations quotidiennes en affaires ou par un raisonnement
philosophique abstrait.
Cependant, quand j'ai commencé à enseigner, je pensais qu'il convenait de
suivre la même route que j'avais prise moi-même dans l'étude du sujet, parce
qu'en procédant ainsi je pouvais rendre le corps de mon élève sain, fort et
utile. En même temps, je pouvais l'aider peu à peu à saisir le principe lui-même
dans toute son importance.
C'est pourquoi, j'ai commencé l'enseignement du Judo par les exercices du
Randori et du Kata.
Le Randori, mot qui signifie "libre exercice", se pratique dans
les conditions d'un duel réel. Il comprend les actes de jeter par terre, d'étouffer,
de maintenir l'adversaire par terre, de courber ou de tordre ses bras ou ses
jambes. Les deux combattants peuvent se servir de n'importe quel procédé,
pourvu qu'ils ne se blessent pas l'un l'autre et qu'ils respectent les règles
du Judo en manière d'étiquette.
Le Kata, mot qui signifie littéralement "forme" est un système
formel d'exercices combinés d'avance, y compris les actes de frapper, de
trancher, de donner des coups de pieds, de percer, etc... Selon les règles en
vertu desquelles chaque combattant sait d'avance exactement ce que son
adversaire va faire. L'entraînement aux actes de frapper, de donner des coups
de pieds, de trancher, de percer est enseigné en Kata et non en Randori, parce
que si on en usait en Randori, il pourrait se produire fréquemment des
blessures, tandis que lorsqu'il est enseigné en Kata, il ne peut se produire
aucune blessure parce que toutes les attaques et les défenses sont arrangées
d'avance.
Il y a une autre forme que j'ai appelée "forme de l'attaque et la défense".
Dans celle-ci j'ai combiné différentes formes d'attaque et de défense de manière
telle que le résultat conduira à l'harmonieux développement du corps tout
entier. Les méthodes ordinaires d'attaque et de défense enseignées dans le
Ju-Jutsu ne peuvent être considérées comme idéales pour le développement du
corps.
Je les ai donc spécialement combinées de façon à ce qu'elles remplissent les
conditions nécessaires pour le développement harmonieux du corps. J'obtiens
ainsi deux résultats :
1) Le développement du corps
2) L'entraînement dans l'art du duel.
Comme toute nation doit songer à sa propre défense, tout individu doit savoir
comment se défendre. En cet âge de lumière, personne ne doit se soucier de se
préparer soit à une agression nationale, soit à l'exercice de la violence
contre autrui. Mais la défense dans l'intérêt de la justice et l'humanité,
ne doit jamais être négligée ni par une action, ni par un individu.
Cette méthode de l'éducation physique sous la forme de l'attaque et de la défense,
je vais vous montrer ce qu'elle est dans sa pratique réelle. Elle se divise en
deux sortes d'exercices : d'un côté, les exercices individuels et de l'autre
les exercices avec un partenaire. D'après ce que j'ai expliqué et montré par
la pratique, vous avez certainement compris ce que j'entends par l'éducation
physique fondée sur le principe de l'efficacité maximum. Quoi que je soutienne
avec force que l'éducation de toute une nation doit se fonder sur ce principe,
je n'entends pas diminuer pour autant le mérite de l'athlétisme ou des
diverses sortes d'exercice militaires. Quoiqu'on ne puisse pas les considérer
comme convenant à l'éducation physique de toute une nation, néanmoins en tant
que culture d'un groupe ou de certains groupes de personnes, ils ont leur valeur
spéciale et je ne veux en aucune manière les décourager.
Un grand mérite du Randori se trouve dans l'abondance des mouvements qui
sont bons pour le développement physique. Un autre mérite est que tout
mouvement a un objet et se trouve exécuté avec entrain, tandis que dans la
gymnastique ordinaire les mouvements d'exercice manquent d'intérêt. L'objet
d'un entraînement physique systématique dans le Judo n'est pas seulement de développer
le corps, mais de rendre un homme ou une femme capable d'exercer un contrôle
parfait sur son esprit et sur son corps et de les rendre prêts à faire face à
n'importe quelle circonstance, qu'il s'agisse d'un simple accident ou d'une
attaque commise par autrui.
Quoique les exercices de Judo soient généralement effectués par deux
personnes, à la fois en Kata et en Randori, et dans une salle spécialement préparée
à cet effet, cependant ce n'est pas absolument nécessaire. Ils peuvent être
pratiqués par un groupe ou par une personne, sur un terrain de jeu ou dans une
salle ordinaire. On imagine que la chute dans le Randori est accompagnée de
souffrance et quelquefois de danger. Mais une courte explication de la manière
dont on vous apprend à tomber, vous permettra de comprendre qu'il n'y a ni
souffrance, ni danger.
Je vous parlerai maintenant de l'aspect intellectuel du Judo. L'entraînement
mental en Judo peut être réalisé par la méthode Kata ou la méthode Randori,
mais plutôt par la seconde. Comme le Randori est un exercice entre deux
personnes qui se servent de toutes les ressources dont elles disposent et qui obéissent
aux règles du Judo, les deux partenaires doivent toujours être en état
d'alerte et chercher à découvrir les points faibles de l'adversaire en se
tenant prêt à attaquer dès que l'occasion le permet. Une telle attitude
d'esprit dans la recherche des moyens d'attaque tend à rendre l'élève
attentif et franc, prudent et réfléchi dans toutes ses actions. En même
temps, il est entraîné à prendre des décisions rapides ou si l'on n'agit pas
promptement, on perdra toujours l'occasion soit dans l'attaque, soit dans la défense.
En outre, dans le Randori, chaque partenaire ne peut pas dire ce que son
adversaire va faire, de sorte que chacun doit toujours être prêt à parer
n'importe quelle attaque brusque, tentée par l'autre. Habitué à cette
attitude mentale, l'homme acquiert un haut degré de maîtrise de soi.
L'exercice du pouvoir d'attention et d'observation dans la salle d'entraînement
développe naturellement ce pouvoir qui est si utile dans la vie quotidienne.
Pour trouver les moyens de battre un adversaire, l'exercice des facultés
d'imagination, de raisonnement de sensation et de jugement est indispensable et
ces facultés se développent naturellement dans le Randori. En outre, comme l'étude
du Randori est l'étude des relations qui existent entre deux adversaires
rivaux, on peut tirer de cette étude des centaines de leçons utiles. Je me
contenterai, pour le moment, de donner encore quelques exemples : dans le
Randori, nous apprenons à l'élève à agir toujours selon le principe
fondamental Judo, sans qu'il ait à considérer combien son adversaire peut lui
sembler physiquement inférieur ou même s'il peut facilement par la simple
force, triompher de l'autre. S'il agit contre ce principe, l'adversaire ne sera
pas convaincu de sa défaite, quelle qu'ait été la force brutale qu'on ait
employée contre lui. Il est à peine nécessaire d'attirer votre attention sur
le fait que le moyen de convaincre votre adversaire dans un argument n'est pas
de remporter tel ou tel avantage sur lui en vertu de la puissance du savoir ou
de la richesse, mais de le persuader en appliquant des règles invariables de
logique. Cet enseignement que la persuasion et non la coercition est efficace -
enseignement d'une si grande valeur dans la vie réelle - nous pouvons
l'apprendre dans le Randori.
En outre, nous apprenons à notre disciple, quand il a recours à un procédé
pour venir à bout de son adversaire, à n'employer juste que la quantité de sa
force qui est absolument nécessaire pour l'objet en question et nous le mettons
en garde contre l'emploi de trop ou trop peu de force. Il y a grand nombre de
cas dans lequel les gens échouent dans leur entreprise, simplement parce qu'ils
vont trop loin, ne sachant où s'arrêter et vice-versa.
Pour prendre encore un autre exemple, dans le Randori, nous enseignons à notre
disciple, quand il se trouve en face d'un adversaire qui est follement excité,
à gagner la victoire non pas en résistant directement à l'adversaire par la
force et par la violence mais en l'amusant jusqu'à ce que son énergie même se
soit dépensée.
L'utilité de cette attitude dans les transactions quotidiennes est évidente.
Comme on le sait, il n'y a pas de raisonnement qui puisse nous être utile quand
nous sommes en face d'une personne tellement agitée qu'elle a perdu le contrôle
d'elle-même. Tout ce que nous avons à faire en pareil cas est d'attendre
jusqu'à ce que sa passion se soit épuisée d'elle-même. Tout cela, nous
l'apprenons dans la pratique du Randori. L'application de ses règles à la
conduite des affaires quotidiennes est un sujet d'études très intéressant et
a du prix comme entraînement intellectuel pour de jeunes esprits.
J'achèverai mon développement sur l'aspect intellectuel du Judo en parlant brièvement
des moyens rationnels d'augmenter la connaissance et la puissance
intellectuelle. Si nous observons avec soin l'état actuel des choses dans la
société, nous constatons partout la manière dont nous dépensons sottement
des occasions d'obtenir des connaissances utiles et pourtant est-ce que nous ne
négligeons pas de profiter de pareilles occasions ? Faisons-nous toujours les
meilleurs choix pour les livres, les revues et les journaux que nous lisons ? Ne
constatons-nous pas souvent que l'énergie, qui pourrait avoir été dépensée
pour l'acquisition d'une connaissance utile, est souvent employée à
l'acquisition d'une connaissance qui n'est pas seulement préjudiciable à
nous-même mais aussi à la société.
En dehors de l'acquisition d'une connaissance utile, nous devons chercher à améliorer
nos facultés intellectuelles, telle que la mémoire, l'attention, le jugement,
le raisonnement, l'imagination, la perception etc... Mais cela, nous ne devons
pas le faire au hasard, mais conformément aux lois psychologiques de sorte que
les rapports de ces facultés les unes avec les autres se maintiennent en bonne
harmonie. C'est seulement en suivant fidèlement le principe de l'efficacité
maximum - c'est à dire le Judo - que nous pouvons obtenir ce résultat d'accroître
raisonnablement notre savoir et notre puissance intellectuelle. Je vous parlerai
maintenant de l'aspect moral du Judo. Je n'ai pas l'intention de parler de la
discipline morale donnée aux élèves dans la salle d'exercices, comme
l'observation des règles traditionnelles d'étiquette, le courage, la persévérance,
la bienveillance, le respect des autres, l'impartialité et la loyauté qui ont
tant d'importance dans les sports athlétiques dans le monde entier.
L'entraînement dans le Judo a une signification morale particulière au
Japon, parce que le Judo en même temps que les autres exercices guerriers était
pratiqué par nos Samouraïs, qui avaient un code raffiné de l'honneur, dont
l'esprit nous a été légué à travers l'enseignement de cet art. A ce sujet,
je voudrais vous expliquer comment le principe de l'efficacité maximum nous
aide à améliorer la conduite morale. Il arrive qu'un homme soit très
excitable et prompt à se mettre en colère pour des raisons insignifiantes.
Mais quand il en vient à se rendre compte que le fait "d'être excité"
constitue une dépense inutile d'énergie qui ne sert à personne et qui bien
souvent fait du mal au sujet, aussi bien qu'aux autres personnes, l'élève de
Judo doit éviter une pareille conduite. Il arrive aussi qu'un individu soit découragé
par la suite d'une déception, soit triste, n'ait pas de courage au travail. En
pareil cas, le Judo conseille de rechercher quelle est la meilleure ressource
que l'on peut trouver dans les circonstances données. Si paradoxal que cela
puisse paraître, un individu est, de mon point de vue, dans la même position
que celui qui se trouve au zénith du succès. Dans l'autre cas, il n'y a qu'une
méthode à suivre : à savoir, faire ce qu'il pense être le mieux à ce
moment. C'est ainsi que l'enseignement du Judo, peut-on dire, conduit un homme
au fond du découragement à un état d'activité énergique avec de brillantes
espérances d'avenir.
On peut raisonner de même pour les personnes qui sont dans un état de mécontentement.
Les personnes mécontentes sont souvent dans un état d'esprit morose et blâment
les autres gens au lieu de s'occuper de leurs propres affaires. L'enseignement
du Judo fera comprendre à ces personnes qu'une pareille conduite est contraire
au principe de l'efficacité maximum et les amènera à se rendre compte qu'en
observant fidèlement ce principe, elles reprendront leur bonne humeur. Voilà
comment l'enseignement du Judo peut à bien des égards aider à l'amélioration
de l'attitude morale.
Finalement je veux ajouter quelques mots concernant l'aspect émotionnel et esthétique
du Judo. Nous connaissons tous la sensation agréable que nous donnent les
muscles par l'exercice, et nous éprouvons également du plaisir à obtenir de
l'habileté dans l'usage de nos muscles et aussi par le sentiment de supériorité
à l'égard des autres dans le combat. Mais en dehors de ces plaisirs, il y en a
un qui tient à ce fait que l'on prend des attitudes gracieuse, que l'on
accomplit des mouvements qui ont de la grâce et que l'on voit les autres faire
de même. Un entraînement donné à cet égard joint au plaisir que l'on peut
éprouver à observer différents mouvements qui symbolisent des idées variées,
voilà ce qui constitue ce que nous appelons le côté émotionnel et esthétique
du Judo.
Je crois que vous avez déjà réussi à voir ce qu'est
en réalité le Judo en tant qu'il se distingue du Ju-Jutsu des temps féodaux.
Si maintenant, je cherche à énoncer d'une façon concise ce que je vous ai
expliqué, je le résumerai de la façon suivante : Le Judo est une étude et un
entraînement concernant l'esprit et le corps, aussi bien que la direction
individuelle et des affaires.
A la suite d'une étude approfondie des différentes méthodes d'attaque et de défense,
je suis arrivé à cette conviction que tout cela dépend de l'application d'un
principe absolument général qui est le suivant :
"Quelque soit l'objet que l'on a en vue, le meilleur moyen de
l'atteindre est d'user de son corps et de son esprit à cette fin qui donne le
maximum d'efficacité". Ce même principe appliqué à la culture
physique, mentale et morale aussi bien qu'aux manières de vivre et de conduite
des affaires constitue l'étude des choses ou l'entraînement dans ces choses.
Une fois qu'on a bien compris l'importance réelle de ce principe, il peut être
appliqué à tous les aspects de la vie et de l'activité et nous permettre de
mener la vie la plus haute et la plus rationnelle.
Pour comprendre vraiment ce principe, il n'est pas nécessaire de passer par
l'entraînement concernant les méthodes d'attaque et de défense, mais comme je
suis arrivé à concevoir cette idée par le moyen de l'entraînement dans ces méthodes,
j'ai fait un entraînement pour le développement du corps, un moyen d'atteindre
le principe.
Le principe de l'efficacité maximum quand on l'applique en vue de donner la clé
de la vie sociale ou de la perfectionner aussi bien que quand on l'applique à
la coordination de l'esprit et du corps - dans le sens de l'attaque et de la défense
- demande en premier lieu l'ordre et l'harmonie parmi les membres et cela ne
peut être obtenu que par l'aide mutuelle et par les concessions qui conduisent
à un bien-être et à des bénéfices réciproques.
Le but final du Judo est donc d'inculquer à l'homme une attitude de respect pour le principe de l'efficacité maximum, du bien-être, de la prospérité mutuelle et de le conduire à observer ces principes.